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Mardi, 16 Mai 2017 07:22

Handicap, discrimination ordinaire et démocratie

Le mois dernier, le témoignage de Muriel Baumal, maman d’un enfant handicapé, à la tribune du Parlement bruxellois avait fortement ému l’assemblée. Ensuite, le débat sur l’inclusion scolaire a laissé libre cours à des propos pour le moins excluants. Intolérable.

Il y a un mois, en tant que maman d’un enfant porteur de trisomie 21, je prenais la parole au Parlement Bruxellois lors d’une matinée consacrée à la trisomie 21. Je reste troublée par certains propos blessants tenus à l’égard de nos enfants, lors du débat consacré à l’inclusion scolaire qui a suivi mon intervention.

Cela fait 32 jours que je ne sais quelle issue donner à ces propos.

Cela fait 32 nuits que je pense ces allégations dans un rayon de ma mémoire comme une omerta déguisée en rêve éveillé.

Cela fait 32 aubes que la maman que je suis diffère une quelconque prise de parole faute de temps et par crainte de représailles…

Je suis un « être de peu de chose ». Je n’ai pour unique fortune que mon éducation, ma scolarité, ma vie et mes mots pour tout rempart…

Cela fait 32 matins que je retrouve ce souvenir étendu par terre et ouvert à la page de ce 30 mars, comme un appel à l’apaisement. Puisque « l’écriture est la peinture de la voix », j’ai décidé de couler sur ce papier ces quelques notes écrites afin que mes pensées vagabondes ne s’éteignent pas dans un lamento résigné. Car après tout, « ce que nous jouons, c’est la vie… ». C’est leur vie.

Le jeudi 30 mars 2017, au sein du Parlement Bruxellois, une matinée de débat et de réflexion était consacrée à la Trisomie 21 et cela à l’initiative conjointe de la Présidente du Parlement bruxellois Madame de Groote et du Centre de Réadaptation Ambulatoire « L’étoile Polaire ». Cette matinée préparée par le monde associatif avait pour but d’informer les Parlementaires des perspectives actuelles et futures dans la Trisomie 21.

La géométrie variable du scandale

Durant le débat sur l’inclusion scolaire, un membre de l’Administration a tenu des propos discriminatoires à l’encontre des personnes porteuses de handicap mental. Ainsi, selon l’intéressé, un projet d’intégration ou d’inclusion scolaire ne pourrait « voir le jour » sans l’accord préalable de tous les parents de la classe ordinaire. En outre, et toujours selon cette même personne, l’accord du voisinage devrait être également obtenu en raison du risque d’accroissement des nuisances sonores provoquées par l’accueil en milieu ordinaire d’enfants handicapés mentaux.

Dans les instants qui ont suivi cette prise de parole, j’ai découvert le grondement étranglé de l’assemblée…

Passé cet effroi, une maman s’est adressée avec énormément de dignité à l’assistance rétorquant que la société devrait apprendre à vivre avec « le bruit » que font nos enfants…

Je déplore encore à ce jour le manque de réactions des députés face à ces propos excluants tenus à l’égard de nos enfants porteurs de handicap mental.

Dans le cadre de tout autre critère de discrimination, l’on aurait certainement crié au scandale. Il semblerait dès lors que dans le champ du handicap mental la « ligne de front » soit plus souple ou tout simplement inexistante.

Aujourd’hui encore, je m’interroge sur la signification de ce silence !

Serait-ce la manifestation de la terreur, de la passivité, de la résignation, de l’indignation ou tout simplement de l’indifférence ?

Comment pouvons-nous combattre les inégalités tout en tolérant certaines entailles de « taille » à notre Constitution et à la Charte des Nations-Unies ?

Seraient-ce là les piliers de notre démocratie moderne ?

Devrait-elle offrir des libertés à certains et en retirer ou en interdire à d’autres ?

Est-ce là l’harmonie nécessaire dont notre monde « politique » a besoin pour maintenir un équilibre économique tout en poursuivant son chemin ?

Omerta !

Nul n’a le droit de décider du bien-fondé de la présence d’un individu au cœur de la Cité.

Omerta !

Notre existence seule justifie notre place dans la société des hommes.

Aucun handicap, aucune ethnie, aucune histoire, aucune croyance, aucune apparence et aucune intelligence ne doit nous exclure de l’humanité.

Qui sommes-nous pour humilier ceux-là mêmes qui, atteints dans leur capacité à comprendre notre mépris, ne pourront s’en défendre ?

Quelle oreille tendons-nous au silence de ceux qui ne parlent pas ou plus ?

Quelle attention portons-nous au bruit et au message hurlant de ceux qui ne parleront parfois jamais ?

Quelle place leur accordons-nous ?

En ces temps sombres où les cartes du monde sont redistribuées (où l’on retrouve noyé un matin dans la Meuse le « précieux » Valentin, jeune homme handicapé mental battu sauvagement et où le spectre de l’extrême-droite s’est élevé à nouveau dans les plus hautes sphères du pouvoir), il est temps que l’on sorte de notre long sommeil…

Aucune vie n’est inutile.

Aucune histoire humaine n’est débile ou ne mérite d’être tue ou enfermée dans des ghettos…

Un nécessaire travail de mémoire

C’est en gardant grandes ouvertes les portes et les fenêtres de la Société à toutes les différences que nous garderons enfermés dans nos musées, nos vieux tiroirs ou nos anciens greniers, les souvenirs terrifiants de notre histoire.

Ce travail de mémoire, de tolérance et d’acceptation de l’autre, du respect de la différence, du handicap et de la diversité commencent dès l’école. Quel meilleur rempart à l’intolérance que l’inclusion en milieu scolaire de toutes les différences. C’est en étant au contact de l’autre que l’on apprend à le connaître. Cet apprentissage humain est certainement le travail de mémoire le plus puissant et le plus porteur pour nos démocraties de demain… si tel est le projet de nos sociétés modernes et politique.

Donnons les moyens matériels et la chance à nos enfants de réussir là où tant d’hommes, de femmes, de savants, de professeurs, de scientifiques, de philosophes ou de politiciens ont échoué…

Mesdames, Messieurs les Politiciens, nos enfants porteurs de handicap mental façonnent aussi le patrimoine immémorial et immatériel de l’humanité.

Leur fragilité nous est offerte en cadeau comme le miroir de nos propres limites et de notre éternelle vulnérabilité. C’est notre condition humaine offerte en partage. C’est la pierre précieuse et le socle sans lequel nos démocraties s’effondrent. C’est parce que nous sommes éphémères et voués un jour à disparaître que nos existences sont toutes éclatantes, pleines de bruit et de fureur. Forts de nos différences et uniques pour l’éternité, nous sommes tous des pépites à connaître et à découvrir les uns pour les autres. Nos vies, nos histoires racontées et écrites, nos livres, nos découvertes, nos respirations communes et haletantes, nos guerres, nos voix tremblantes, nos rires, nos larmes, nos chants, nos arts, nos paroles, nos sépultures, nos cœurs battants ou précipités, nos morts, nos regards, nos croyances, nos génocides, nos victoires, nos erreurs, nos langues, nos cultures, tantôt nous séparent tantôt nous rassemblent, mais nous réunissent toujours et constituent la richesse inaliénable de l’histoire de toute l’humanité. La société démocratique dans sa définition est totalement inclusive. L’exclusion d’un seul de ses habitants et elle chancelle. Alors, protégeons-nous les uns les autres et non les uns des autres afin que notre démocratie ne devienne pas à l’image de bon nombre de nos espèces animales une espèce de société en voie de disparition voire d’extinction. Et comme le disait si bien cette autre maman avec sagesse et fermeté au parlement le 30 mars :

«  Nos enfants font du bruit !  ». Et je rajouterai pour ma part que c’est bien, car il faudra que le monde accepte définitivement que nos enfants dérangent notre société… comme nous tous nous devons le faire chaque jour à notre façon en refusant l’inacceptable…

La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, comme le disait Albert Camus, mais la protection des minorités.

 

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